Du côté des éditeurs

19 04 2009

Les éditeurs ont évolué sur les archives ouvertes au fur et à mesure de la progression de celles-ci dans les pratiques des chercheurs. Et le besoin d’un outil de référencement des politiques éditoriales en matière d’auto-archivage s’est vite fait sentir, besoin comblé par la création du répertoire Romeo/Sherpa, qui recense à l’heure actuelle plus de 500 éditeurs internationaux. Les éditeurs non anglophones sont toutefois peu voire pas représentés, ce qui a incité certains bibliothécaires et chercheurs européens à lancer d’autre répertoires, spécifiques à leur propre langue (par exemple Dulcinea pour les titres en espagnol – 255 titres). Jérôme Kalfon a souligné qu’il est vrai que cela aurait en France  l’avantage, outre le fait d’informer les auteurs, de nous permettre d’interpeller les éditeurs français sur ces questions d’autoarchivage et de libre accès, de les obliger à se positionner, à sortir du flou artistique actuel.

Mais pourquoi diable refaire ici ce qui fonctionne déjà très bien ailleurs ? C’est la question qui n’a pas manqué de se poser dans la salle. De fait, la forme que pourrait prendre le projet n’est pas vraiment définie ;  il n’est pas forcément question de faire un autre Romeo, et plusieurs pistes peuvent être envisagées : un site miroir, une « franchise nationale » (à l’étude en Allemagne) … en tous les cas une adaptation du Romeo traditionnel aux contextes linguistiques et aux contraintes locales, qui aurait une légitimité pour les éditeurs comme pour les auteurs. L’erreur serait de bâtir un projet biblio-centré, échec assuré.

Springer s’est positionné sur la question, et propose l’option Open choice, qui permet aux auteurs de diffuser leurs articles en libre accès, moyennant le paiement d’une redevance de l’ordre de 3000 euros (généralement payés par le laboratoire). Ce modèle dit « auteur-payeur » ne rencontre pas un franc succès, si l’on en croit les chiffres annoncés par Philippe Peyle, représentant de Springer en France, puisque seuls 55 des plus de 100 000 articles publiés par Springer en bénéficient. Mais il semble néanmoins avoir essaimé parmi les autres éditeurs (Oxford Open récemment, mais aussi Cambridge, Elsevier, Wiley…) ; du coup on peut se demander si ce modèle hybride n’est pas plus une opération de marketing pour gommer la mauvaise image des éditeurs commerciaux… mais je m’égare. Le système, dès lors qu’il fait entrer en jeu un paiement plus ou moins « direct », semble moins bien accueilli par le lectorat que lorsqu’il est complètement libre, comme le montre la croissance constante du DOAJ, le répertoire des revues en open access, qui vient de passer la barre des 4000 titres. Les contenus déposables dans une archive ouverte varient également d’un éditeur à l’autre ; Springer autorise le dépôt de la copie des  articles validés, qui peuvent être diffusés sur le site de l’institution sous condition d’un lien actif et proéminent vers l’article miroir sur la plateforme de l’éditeur.

Marlène Delhaye.

Ecouter Philippe Peyle

Ecouter Jérôme Kalfon





Le contexte français

19 04 2009

Cette session a été tout d’abord l’occasion pour Geneviève Gourdet de faire le point sur le protocole d’accord signé en 2006 par les EPST et le CNRS, et donc sur le positionnement politique national sur la question des Archives Ouvertes. Soyons réalistes : le résultat est décevant. En effet, malgré la volonté réaffirmée de la CPU d’une gestion collaborative de HAL, malgré les recommandations du rapport Salençon, il n’y a aujourd’hui toujours pas de dispositif national de pilotage mutualisé de HAL. Pourtant, Hal fonctionne : les chercheurs déposent, les chercheurs consultent. Pourtant, les initiatives locales fonctionnent, en bonne complémentarité avec HAL et non pas en contradiction : c’est ce qu’a souligné Françoise Thibault, pour qui on peut dire que les archives ouvertes en France sont un bon exemple de politique intermédiaire réussie : une politique impulsée par des structures fonctionnelles, qui a débouché sur un positionnement institutionnel national. Ce positionnement a influencé les choix techniques et stratégiques (pluridisciplinarité, pluri-institutionnalité, typologie des contenus).
Mais on peut dire aussi que le processus lancé en 2006 est un échec politique en terme de coopération : les travaux du comité stratégique, s’ils ont permis de traduire des ambitions fortes de politique scientifique, n’ont pas débouché sur la mise en place d’une structure appropriée..
Plusieurs signes positifs d’un renforcement de la place de l’IST au plan national encouragent cependant la perspective d’une relance du processus, et donc d’un déblocage prochain de la situation :

  • L’IST est désormais reconnue comme infrastructure de recherche
  • La notion de bibliothèque numérique est intégrée dans le plan Besson
  • Un groupe de travail piloté par la BnF est chargé d’établir un schéma numérique pour les bibliothèques.

Comment le développement des AO a-t-il influé sur les relations commerciales avec les éditeurs ? C’est la question à laquelle s’est ensuite attachée à répondre Gaëla Bru, en commençant par rappeler que les bibliothèques ne sont plus dans l’affrontement des années 2000, au cours desquelles les augmentations massives des coûts ont généré un intérêt notable pour les Archives Ouvertes comme alternative au monopole des éditeurs commerciaux. Presque 10 ans après, il paraît illusoire de croire qu’il est possible de revenir en arrière : les chercheurs sont habitués à consommer de l’information scientifique et technique de façon massive et transparente. Cette modification des comportements, conséquence directe du modèle économique d’accès global au catalogue des éditeurs (le fameux Big Deal) a fait disparaître tout moyen d’évaluation du coût réel des revues. La référence aux abonnements au format papier, ou plutôt au chiffre d’affaires apporté par les abonnements papier par les bibliothèques, n’est plus acceptable : une évolution des modèles économiques est nécessaire. Il convient cependant de rester vigilant sur les modèles qui se profilent : basés sur les usages, ils ne sont pas forcément à l’avantage des établissements, comme l’a montré la négociation ACS dernièrement. De plus, les outils d’accès à l’information mis en place par les établissements créent « mécaniquement » des usages fictifs (rebonds des résolveurs de liens, exports vers les systèmes de gestion des références bibliographiques par exemple) qui biaisent la mesure des usages réels. Enfin le mode de collecte des statistiques reste à améliorer : il est à noter que la version 3 de Counter permet de différencier les articles courants des collections d’archives, ce qui est un indicateur qu’il serait intéressant de pouvoir comparer avec les usages des archives ouvertes. Le JISC a d’ailleurs lancé le projet PIRUS pour intégrer les usages au niveau de l’article et non pas uniquement au niveau du titre de la revue, qu’il soit présent chez un éditeur ou bien dans une archive ouverte.
Ces questions, et vraisemblablement un tas d’autres, seront débattues lors de Berlin 7, la conférence internationale sur l’Open Access, qui aura lieu début décembre 2009 à Paris.

Marlène Delhaye.

Geneviève Gourdet

Françoise Thibault et Gaela Bru





Introduction générale aux deux journées / Geneviève Gourdet

19 04 2009

Après un rappel de l’intérêt que Couperin porte aux AO, rappel de la journée d’études d’il y a deux ans, et des enseignements qui ont été tirés d’icelle. Indique que ces deux journées ont été pensées autour de deux approches : la première journée se concentre sur des thématiques plutôt politiques  ; la deuxième journée sera plus technique. Pour la première journée, et dans une optique d’articulations, Geneviève Gourdet souligne l’importance de témoignages « étrangers » afin d’ouvrir vers des perspectives internationales.

Revient ensuite sur les volontés initiales de l’implication de Couperin dans les AO, et fait remarquer que le GTAO nétait prévu que pour durer deux ans, ce qui dénotait peut-être un trop grand optimisme. Quoi qu’il en soit, le GTAO vivant ses dernièrs heures en tant que tel, ces deux journées sont à la fois un bilan conclusif, et doivent relancer les énergies et les structures.

Daniel Bourrion.