Les archives ouvertes et le capital symbolique des chercheurs / J-C Guédon

19 04 2009

JC GuédonL’intervention de Jean-Claude Guédon, qui inaugure ces deux journées d’études, débute par une remise en perspective des AO dans la logique générale de l’accès libre, dont J. C.Guédon rappelle les tenants et les aboutissants [revues en libre accès en particulier, ce qui est l’occasion pour lui d’indiquer ses doutes sur le système de revue dans lequel l’auteur ou son institution supportent le coût de la publication, qui pose problème en particulier pour les pays en développement. Il souligne également que la phase de publication est part intégrale de la recherche, d’où nécessité de soutenir cette première, ce qui relève d’une implication des gouvernements tout à fait logique, d’autant que le surcoût de la publication AO n’est que de 1 à 2 %, soit peu de chose par rapport à la visibilité que les travaux de recherche ainsi publiés vont acquérir.]

Après cette parenthèse,  retour aux AO avec un bref rappel historique ; J. C. Guédon souligne que les premières AO étaient thématiques (modèle arXiv), ce modèle attirant posant in fine beaucoup de questions (particularités de ‘tribus’ telles que les physiciens en haute énergie). Montée en puissance du ‘modèle’ en particulier par SPARC. En parallèle, acceptation des éditeurs de l’auto-archivage, et début de demande chez les organismes financeurs de voir ce qu’ils finançaient devenir visible (Wellcome Trust). Souligne à quel point la conférence de Berlin était sur un positionnement clairement « humaniste », qui s’est accompagné peu à peu d’une prise de corps institutionnelle.

Pour ce qui est de l’entrée en jeu des bibliothécaires, elle a participé à la qualité des AO, a teinté l’approche, J. C. Guédon regrettant que les bibliothèques soient considérées comme simples fournisseurs de services. Par ailleurs, l’implication des bibliothécaires dans les AO les a rendus visibles dans leurs institutions. Rappelle comment les premiers argumentaires utilisés (en particulier, gain de visibilité suite au dépôt en AO ont eu pour conséquences que les dépôts d’AO ont pu se construire de manière quelque peu désordonnée au départ – les logiques de protocoles tendant depuis à lisser tout cela).

Constat de l’ambivalence des chercheurs par rapport aux AO. Rappel de la structure pyramidale de la recherche (beaucoup de chercheurs moyens, peu de génies). Un point d’appui est que, selon J. C. Guédon, « Un chercheur est un grand Narcisse« . Si l’on se souvient par ailleurs de la structure de la recherche et de l’importance pour le chercheur d’être visible et de le rester (car visibilité = financements), la question est alors : comment mettre à « profit » le fonctionnement du chercheur pour promouvoir les AO ?

J. C. Guédon souligne l’importance du capital symbolique pour le chercheur, la structure d’une AO devant nourrir ce capital symbolique et donc le « narcisse » (il utilisera aussi l’image du paon). Comment faire ?

  • Catégoriser, séparer les documents et distinguer l’évalué du non-évalué, et indiquer cette distinction dans les méta-données si possible : cela va permettre de donner une certain légitimité à l’archive. [Revient au passage sur les processus de validation par les pairs, et les travers possibles et connus de ces processus. L’évaluation par les pairs est indispensable mais il ne faut pas la fétichiser. Quelques précisions sur statistiques de citation, Impact Factor, doutes et erreurs. Le facteur d’impact de la revue n’est pas réellement significatif de l’impact individuel des publications/recherches de chaque chercheur, et cette nuance n’est pas intégrée dans l’évaluation des chercheurs.]
  • Malgré les problèmes que cela peut poser avec les éditeurs, travailler sur les versions. La version dans les mains de l’éditeur, pour l’éditeur, doit rester la version de référence. Mais cela n’empêche pas d’avoir d’autres versions du même document en AO et de « contester » la position de « référence » de la version de l’éditeur.
  • Travail de communication à faire pour montrer comment les AO peuvent servir le capital symbolique du chercheur ; et comment ces AO peuvent également lui servir à effectuer ses recherches.
  • Sur ce dernier point, quelques conseils. Repérer les points forts dans l’institution, repérer les autres institutions à points forts similaires ; Fusionner les archives afin d’atteindre une masse critique plus visible. Créer un jury international qui « note » les articles dans ces archives ; Mettre ces notes dans les métadonnées ; Créer des bourses liées aux usages des articles.

En conclusion, il faut reprendre en main la constitution de la valeur symbolique, actuellement laissée dans les mains des compagnies privées.

La science est une grande conversation entre chercheurs. La science a tout à gagner à ce que la conversation s’ouvre plus encore, et une grande partie de l’humanité (pays en voie de développement) ne peut pas prendre part à la conversation actuellement pour des motifs financiers de coût d’accès aux produits de la recherche. Les AO ont un rôle à jouer ici.

Daniel Bourrion

Ecouter Jean-Claude Guédon


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